Anjela

 

Par Marie-Annette Lucas.

Je n'ai pas de racines paysannes. Je suis née et j'ai grandi en ville, mais j'ai choisi d'habiter à la campagne, sans jamais me considérer comme « rurale ». J'apprécie le calme, l'espace et la nature qui m'environnent, les arbres, les oiseaux, les animaux...
Et c'est peut-être cela au fond qui m'a  touchée chez Anjela Duval (1905-1981), paysanne, poète, bretonne, qui, dans un petit hameau des Côtes-d'Armor, a travaillé toute sa vie à la ferme et a su, malgré les durs travaux des champs, harassants pour le corps, voir, au-delà, la beauté de la terre où elle est née et à laquelle elle est viscéralement attachée. Vers 55 ans, elle décide de transcrire très simplement sur des cahiers d'écolier, le soir après son travail, tout ce qui l'a émerveillée ou qu'elle a noté au cours de la journée, sous forme de poèmes écrits en breton, sa langue maternelle, qu'elle défendra d'ailleurs toute sa vie.
Le roman graphique bilingue intitulé  Anjela, de Christelle Le Guen, lui rend hommage à travers des dessins en noir et blanc illustrant quelques moments de sa vie associés à  des extraits de correspondance ou de poèmes. Le lecteur y retrouvera la simplicité, le bon sens et la force de caractère de celle qui « fut une paysanne courageuse et généreuse, à l'esprit vif et malicieux, qui défendit sa terre et son pays en maniant parfaitement ses deux langues » (extrait de la présentation). C

Poèmes de nuit, poèmes de jour
Barzhonegoù-noz, barzhonegoù-deiz

Janvier 1966
Extrait

«  ...mes vers je les écris
avec le soc de la charrue
dans la chair vivante
de ma Bretagne
sillon après sillon
j'y dissimule des graines d'or
Le printemps en fera des poèmes :
mers d'émeraude ondulant dans la brise
l'été en fera
des étangs d'épis
le vent d'août les mettra en musique... »


Papillon et Abeille
Balafenn ha Gwenanenn

Juin 1967

« S'il fait beau
Dit le papillon volage
S'il fait beau
Je battrai bientôt la campagne.
Et moi, dit l'abeille
Au papillon écervelé
Je me mettrai au travail
S'il fait beau. »

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