Si, dans ce récit, il est davantage question d'arrivée et d'installation sur l'île Maurice, c'est bien parce qu'il y a eu départ à l'origine, un départ lointain par delà les mers, un départ sans retour…
Nathacha Appanah, écrivaine née à l'île Maurice en 1973, décide de se pencher sur ses origines indiennes, de retrouver et remonter le fil de la vie de ses aïeux originaires de l'Inde, dont il reste si peu de traces et qui ont pourtant transmis à toute leur descendance leurs racines indiennes à travers coutumes, traditions et religion hindoue. Le premier fil ténu se trouve dans les archives de l'immigration indienne à l'Institut Mahatma Gandhi, à l'île Maurice : trois fiches, celles de ses trisaïeuls, âgés de 45 et 39 ans, et de leur fils de 11 ans arrivés le 1er août 1872. « Ils étaient des engagés indiens, des coolies comme on disait, et avaient quitté leur village indien de Rangapalle, dans le district de Visakhapatnam dans l'état de l'Andhra Pradesh. Sur le port de Madras, aujourd'hui Chennai, ils ont embarqué sur un bateau appelé John Allan et leur traversée a duré à peu près sept semaines. »
Imaginer le départ
L'auteure tente d'imaginer leur départ. De leur village au port de départ, il y a 843 kilomètres. «Comment ce couple et cet enfant de 11 ans ont-ils fait ce chemin en 1872, je ne le saurai jamais. Ont-ils longé la côte à pied pendant des semaines ? Apercevaient-ils parfois, dans les virages, l'océan Indien -cette étendue dont la traversée était taboue. Faisaient-ils partie d'un groupe ? Savaient-ils au moins ce pour quoi ils s'engageaient et où ils allaient ? »
Au fil de ses recherches, de ses souvenirs d'enfant, des questions à la famille, elle découvre qu'il existe « au sein des familles victimes d'un grand déplacement (esclavage, engagisme, guerres, conflits) une chape d'invisibilité sur ces premiers déplacés. (...) Alors de ces engagés-là, on sait peu de choses, on croit savoir... » « c'est une mémoire délavée. »
Nathacha Appanah partage avec beaucoup de pudeur et de sensibilité les souvenirs de son enfance heureuse auprès de ses grands-parents dans un monde aujourd'hui disparu. Elle leur rend hommage à travers de magnifiques portraits plein de tendresse, tout particulièrement celui de son grand-père adoré, qui n'a pas supporté de visiter l'Inde de ses ancêtres, cadeau de son fils, parce que « il y a trop de misère là-bas, trop de chagrin ».
Ce livre n'est ni un roman, ni un essai, mais une très émouvante recherche existentielle des origines de ce qui a nourri sa vie et la constitue, à partir de ses ancêtres indiens qui un jour ont choisi le départ vers l'inconnu avec l'espoir d'une vie meilleure.
Quelques photos personnelles en noir et blanc ponctuent l'ouvrage avec poésie et émotion.C

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