Par France Rioual.
Du toit, une ardoise était tombée, une autre menaçait de la suivre. À la fin de l’été, j’ai vu Dédé arriver. Avec sa grande échelle de couvreur, il était venu réparer. "Avec l’ancien, y’a toujours à faire" m’a mise à l’aise mon voisin dont je remerciais la serviabilité. "Avec l’ancien, se chuchotent aussi des histoires de maison hantée" a t-il ajouté.
Lorsqu’ils passaient devant, Dédé et son fils la nommaient la maison hantée. C’était il y a longtemps, son fils est désormais grand. « Je ne lui en voulais pas ? » s’est-il soudainement inquiété. « Non » le rassurai-je, la remarque s’ajoutait à celles, nombreuses, des personnes qui m’interpelleraient dès lors que j’emménagerais – en 1998 – dans cette maison dite également, je venais de l’apprendre, hantée. Construite au début du 20ème siècle pour certains, plus probablement dans les années 30 pour d’autres, elle avait été la propriété d’un tel quand un autre l’avait louée. De l’aveu de certains encore, les maçons qui avaient œuvré à la construction de la basilique de Sainte-Anne-d’Auray, distante d’une centaine de mètres, avaient pour certains participé à sa construction. Je ne le savais peut-être pas non plus car l’inscription ne figurait plus sur sa façade, mais elle avait un nom. Elle se nommait KerRozenn. Les rosiers d’une espèce ancienne en bordure du muret surmonté d’une grille la protégeant de la rue en étaient d’ailleurs probablement à l’origine.
KerRozenn
KerRozenn faisait parler. Elle était haute mais pas si grande, originale mais peu fonctionnelle, voyais-je un inconvénient à ce qu’on la prît en photo ? Bref, KerRozenn ne m’a jamais aussi peu appartenu que lorsque j’en fis l’acquisition. La première visite m’avait laissée sans mots. Déambulant d’un étage à l’autre, d’une pièce l’autre, une certitude s’était faite, pressante. C’est ici que nous serions heureux. Il allait de soi que de nombreuses améliorations fussent nécessaires. Elles seraient appréhendées en temps utile. Peu importait la rouille. La grille la justifiait. La fissure. L’épaisseur du mur l’excusait. La mousse. La pierre la réclamait. Depuis le seuil, le soleil y enluminait la poussière. Il me plaît à penser avoir été choisie autant que je l’ai choisie. KerRozenn craque, grince, geint et siffle. KerRozenn vit. Quand venant de l’ouest un nouveau coup de vent est annoncé, il me prend à craindre pour elle malgré la sentence des charpentiers, menuisiers, maçons et autres corps de métier qu’elle a vu défiler. "Vous tomberez avant elle" avaient-ils tous tranché.
Hill House
Alors non, je n’en veux absolument pas à Dédé. Si des histoires se chuchotent c’est, sans doute le lot de la plupart des maisons anciennes. « Il faut bien que les gens vivent et meurent quelque part » ajouterait Shirley Jackson (1916-1965). Sa maison hantée à elle se nomme Hill House - la maison de la colline - parce qu’ implantée, précisément, à flanc de colline. Construite au 19ème siècle par un riche industriel, Hill House semble vouée, avant même d’être habitée, à la malédiction. En effet, sur le point de découvrir la maison édifiée pour elle, l’épouse est victime d’un accident de cabriolet dans l’allée qui mène aux portes de la demeure. Transportée à l’intérieur de celle-ci, elle y meurt sur le champ. Depuis lors, ceux qui séjourneront à Hill House n’y feront pas de vieux os. Il n’en faut pas davantage au Dr Montague, passionné de paranormal, pour tenter l’expérience : séjourner trois mois en compagnie d’assistants volontaires afin d’étudier les phénomènes dont chacun sera témoin.
Révéler les fragilités
Le lecteur découvre alors une Hill House, énorme, sombre, menaçante qui exhale l’arrogance et la haine, une Hill House malsaine, qui respire le désespoir, une Hill House détraquée, qui serait un réservoir de pure méchanceté. Ça tambourine, souffle – le chaud et le froid – claque – de préférence la nuit – mais – vous l’aurez peut-être deviné – chez moi ça ne prend pas. On salue les descriptions de la maison et sa personnification – Hill House médite, surveille, détruit – mais tandis que le récit s’achève l’on reste sur sa faim. On a bien pris note qu’ « une expérience telle que celle proposée par le Dr Montague et ses invités est là pour révéler les failles, les défauts et les fragilités de chacun », et qu’elle peut « vous démolir en quelques jours », mais la considération faite, trop de questions restent en suspens. À moins que… C
Shirley Jackson, La maison hantée, Éditions Payot et Rivages (col. Rivages /Noir), 2016 (1ère édition 1959), 270 p.

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