Par France Rioual
Pour le plaisir des yeux
Tout a commencé un mercredi après-midi, avec ses trois enfants réunis autour de la table de la cuisine. Giulia, qui se qualifie volontiers d’animiste, affectionne les objets. Elle pioche alors dans son coffret des merveilles : une boucle d’oreille esseulée, de la cendre ou du sable, des échantillons de tissus, des chutes de papiers peints… Cinq premiers tableaux sont réalisés à partir desquels une histoire est imaginée. Au salon du livre jeunesse de Montreuil, Giulia prospecte puis adresse ses maquettes aux éditeurs pressentis. L’aventure se poursuit avec Les petits croqueurs de livres. Giulia utilise le dessin, la peinture et l’assemblage pour composer les illustrations de ses albums. Papier, tissu, bois, plastique apportent du relief et de l’originalité aux personnages, aux intérieurs et aux paysages. C’est foisonnant de détails qui font de l’ensemble de véritables tableaux. C’est luxuriant de formes et de couleurs.
Pour la richesse du texte
Au delà des couleurs et de leurs nuances, ça scintille, ça brille, ça irradie, ça luit, ça étincelle. On y parle d’iridescence et d’incandescence. On évolue sur des tapis de lapis-lazulis. On y apprend l’agrologie.
« C’était un parti pris, explique l’autrice, l’éditrice et moi-même ne voulions pas nous brider de ce côté-là. Nous ne voulions pas simplifier. La lecture peut se focaliser sur l’image quand le récit fait varier les sonorités. »
Pour le contre-pied du récit
Il y a bien des princesses dans les albums de Giulia. Elles sont belles mais ne se taisent pas. Les grands yeux noirs d’Ombretta Reginella tout comme la bouche d’un rouge éclatant et la chevelure noire et brillante de Rubina Onyce les porteront à la tête de leurs royaumes respectifs. Clairvoyance et lucidité, écoute et empathie sont leurs cartes-maîtresses.
« Il y a aussi l’idée que les défauts peuvent être des qualités, ajoute Giulia. Ombretta est relativement passive mais a un regard qui dérange. Rubina est colérique mais use de ses crises à bon escient quand elle parvient à canaliser son énergie ! »
Pour le prix Saint-Exupéry
Il existe depuis 1987 et a couronné L’étrange destin de la princesse aux grands yeux en 2018. Outre la qualité des illustrations et du texte, le courage, la solidarité et la sagesse de la princesse (les valeurs portées par le prix Saint-Exupéry) y sont pour quelque chose. D’autres parleraient de résilience tant les épreuves à surmonter par les héroïnes des albums de Giulia auraient tout aussi bien pu les faire sombrer. « C’est la particularité du conte et de la fable, acquiesce l’autrice, ils font écran. Cela permet de sensibiliser les plus jeunes à des sujets graves. »
Pour l’actualité
Des monarques enfermés dans leurs palais, sourds aux difficultés rencontrées par leurs sujets quand bien même ceux-ci ne parviennent plus à se nourrir. D’autres qui guerroient quitte à hypothéquer l’avenir de la terre. Cela a comme un parfum d’actualité. « Le féminisme et l’écologie étaient l’autre parti pris. » affirme Giulia... laquelle encourage à constituer son propre coffret des merveilles à l’aide d’objets récupérés et laisser libre cours à sa créativité. C

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