Les maisons d'écrivains

 

Par Marie-Annette Lucas

Je n'ai jamais visité de maison d'écrivain… Mais voilà que le mensuel Lire magazine littéraire de juin vient à mon secours avec son dossier sur « les plus belles maisons d'écrivain ». Parfait ! 

Dès la 1ère page une photo me saute aux yeux : c'est le château de Combourg, en Ille-et-Vilaine « immortalisé par Chateaubriand dans ses Mémoires d'Outre-Tombe. » Mais oui bien sûr ! Je m'étais arrêtée un jour à Combourg pour voir enfin le château dans lequel Chateaubriand avait passé son adolescence solitaire et romantique. Il était trop tard pour le visiter, mais je tentais toutefois d'apercevoir le fameux donjon dans lequel se trouvait sa chambre et les extraits appris par cœur autrefois me revenaient en mémoire… « La fenêtre de mon donjon s'ouvrait sur la cour intérieure (...) Relégué dans l'endroit le plus désert, à l'ouverture des galeries, je ne perdais pas un murmure des ténèbres. (…) À quatre heures du matin, la voix du maître du château, appelant le valet de chambre à l'entrée des voûtes séculaires, se faisait entendre comme la voix du dernier fantôme de la nuit. Cette voix remplaçait pour moi la douce harmonie au son de laquelle le père de Montaigne éveillait son fils. » J'ai toujours trouvé ce passage émouvant…

Patrimoines littéraires

Mais revenons à notre magazine qui nous apprend que l'intérêt pour la maison d'écrivain démarre en 1789 avec la maison des Charmettes de J.J. Rousseau à Chambéry, lieu de pèlerinage symbolique et lieu de mémoire, mais qu' « il faudra attendre la 2ème partie du XXème siècle pour que les maisons s'ouvrent aux visiteurs au même titre que les musées ». En 1970, le château d'Alexandre Dumas échappe à la démolition et reçoit ses premiers visiteurs en 1994 ; cette même année, la maison-école d'Alain-Fournier dans le Berry où se situe Le Grand Meaulnes  est ouverte au public. Le ministère de la Culture soutient alors la création d'une Fédération des maisons d'écrivain et des patrimoines littéraires, dont 140 maisons. Quelques exemples : l'hôtel de Rohan-Guémené à Paris où Victor Hugo écrivit Les Misérables et La Légende des  siècles.  La tour du château de Montaigne, en Dordogne, où ce dernier commença à rédiger ses Essais. Le château de George Sand, auteure de La Mare au diable, à Nohant-Vic dans le Berry, où elle s'installe en 1853 et où elle reçoit, entre autres, Balzac, Flaubert, Alexandre Dumas, Delacroix et Chopin. Un article entier est consacré à la Villa du Temps retrouvé à Cabourg en Normandie, ville où Marcel Proust entreprit l'écriture de À la Recherche du Temps perdu

Acquises grâce au succès

Il est aussi des maisons qui sont signe extérieur de succès : Émile Zola a pu acheter une maison à Médan dans les Yvelines grâce aux gains de l'Assommoir, et la fera agrandir de 2 tours nommées Germinal et Nana, deux romans écrits sur place. Grâce au prix Nobel de littérature obtenu en 1957, Albert Camus peut acquérir une demeure à Lourmarin dans le Lubéron, qui deviendra son havre littéraire jusqu'à son décès accidentel. Les maisons d'enfance ont été aussi souvent source d'inspiration,  comme la Bastide-Neuve, maison de vacances de Marcel Pagnol enfant, en Provence, restituée dans La gloire de mon père. La maison natale de Colette, à Saint-Sauveur-en-Puisaye, dans l'Yonne, est le cadre de Claudine à l'école. Dans Du côté de chez Swann, la maison de la Tante Léonie à Combray, où se situe l'épisode de la madeleine, est en réalité la maison d'Élisabeth Proust, tante de Marcel Proust, à Iliers, en Eure-et-Loir, classée monument historique depuis 1961.

Ce dossier, fort bien illustré par différentes maisons, a été réalisé par 7 journalistes et Alexis Broca, rédacteur en chef, qui nous dit « ces demeures assurent aussi la permanence du souvenir de leur ancien propriétaire (...) L'esprit de l'écrivain est là, et pour le faire parler, (...): il suffit d'ouvrir ses livres. »

Pour finir, il me faut bien sûr évoquer  le Château de Kermadio, en Pluneret, où vécut la Comtesse de Ségur dans les années 1860-70. Aménagé aujourd'hui en gîtes saisonniers, vous pouvez y réserver votre prochaine escale littéraire ! C


Le berceau du romantisme

Par France Rioual

« Si mes ouvrages me survivent, si je dois laisser un nom, peut-être un jour, guidé par ces Mémoires*, quelque voyageur viendra visiter les lieux que j’ai peints. Il pourra reconnaître le château... » écrit Chateaubriand (1768-1848) dans ses Mémoires d’Outre-Tombe (Tome 1 Livre troisième).  L’inverse est aussi possible : visiter le château de Combourg (où l’auteur réside dans sa jeunesse) et, au gré d’un été pluvieux, se lancer à corps perdu dans cette œuvre... phénoménale. Signalé au bord de la route qui mène à Saint-Malo, le Berceau du Romantisme  vaut le détour. D’ailleurs, Chateaubriand ne l’écrit-il pas lui-même : « c’est dans les bois de Combourg que je suis devenu ce que je suis... » (toujours le Livre Troisième du Tome 1...). Le souper pris dans la Grand’salle vous vous attarderez près du feu de cheminée ou bien sur le perron selon qu’il s’agit de l’hiver ou de l’été. Vos mère et sœur raccompagnées dans leurs appartements (espaces aujourd’hui privés qui ne se visitent pas), vous gagnerez alors cette « espèce de cellule isolée » (la chambre que votre père vous a attribuée) d’où vous « ne perdrez pas un murmure des ténèbres. » C

* Chateaubriand, Mémoires d’Outre-Tombe, Tomes 1, 2 et 3, Gallimard (col. Le livre de poche classique) 1951 (1849 pour la 1ère édition), 686, 694 et 682 p

Commentaires